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Pervenche Berès
"L'élection d'une femme redonnerait la pêche à la France"
Solidarité politique oblige... Pervenche Berès soutient de tout coeur Ségolène Royal. Pour l'ex-présidente de la délégation socialiste française à Strasbourg, pas de doute, la candidate du PS est la plus européenne des 12 prétendant(e)s. Le Non à la Constitution, les projets de l'UE, Sarkozy... La députée vous dit tout.
Bonsoir à toutes et à tous, nous avons le plaisir de recevoir aujourd’hui Pervenche Berès, députée européenne PS.
Bonsoir.
pythie : Pourquoi l'Europe est-elle tant absente des débats dans cette campagne présidentielle ?
Selon moi, on est à un moment-clé de l'Histoire de France où nous voulons retrouver nos fondamentaux. Ma ferme conviction est que les enjeux européens seront justement fondamentaux dans la politique du prochain président de la république. En tout cas, il le faudra car la parole des candidats est attendue sur le sujet. La construction européenne a plus que jamais besoin de la France et c'est sur la base des solutions proposées sur l’Europe que se jouera une partie de l’élection. Je pense qu’on y verra plus clair lors de l'entre-deux tours.
omer : Trouvez-vous que Ségolène Royal, aborde assez la question de l'Europe dans son programme ?
Elle a donné les principales orientations d’une reprise du projet européen, des engagements importants sur la reconstruction d’une relation, d’une réconciliation des Français avec le projet européen. Elle a également pris l'engagement de reconsulter par referendum le peuple français sur le sujet. Je me sens en cohérence avec cette approche. Elle veut redonner confiance en l’Europe aux Français tout en leur redonnant la fierté d'être français.
frau_metzen : Madame Royal dit avoir tout l'appui de Madame Merkel mais pourtant elle et son parti semble plus souhaiter l'élection de monsieur Sarkozy ? Comment percevez-vous le soutien allemand à l'un ou l'une des candidat(e)s dans cette élection. C’est ensemble (je suis allemande) que la construction européenne doit se prolonger !
Aujourd'hui, l'Allemagne exerce la présidence de l'Union Européenne. La première tâche du président élu sera de s'adresser clairement à notre partenaire allemand. Si elle est élue, Ségolène Royal sera la première interlocutrice de madame Angela Merkel et elle a déjà toute sa confiance sur les engagements pris lors de ses rencontres. Pour ce qui est de Nicolas Sarkozy, je crois que la chancelière allemande devrait finalement plus faire confiance à Mme Royal sur la crédibilité sociale de ses propositions.
claire : Que pensez-vous de la question de l'achat d'un porte avion "européen" suggéré par Ségolène Royal ?
Elle a raison de mettre en avant la question de la défense et de l'armement européen. C'est une question majeure où beaucoup de progrès sont à faire. Il y a une vraie volonté des Européens sur le sujet. Elle s'engage sur ce point mais il faudra évidemment qu'elle trouve des points d'accord avec les partenaires de l’UE et notamment avec l’Allemagne de Madame Merkel.
anne-c : Et pour ce qui est de l'établissement d'un président européen ? Ou d'un ministre des affaires étrangères européen ? Votre opinion sur ce sujet ?
On a besoin d'une capacité d'expression plus forte de l'UE sur la scène internationale. C'est un message très fort qu'ont lancé les Français lors du dernier referendum sur la Constitution. Un signal d’alerte mais également un rappel sur la capitale question de la représentativité de l’UE. Nous sommes un continent uni par des valeurs et un patrimoine communs et c'est ce que nous devons avancer à nos partenaires internationaux. Il faut porter que des sujets, des engagements fondamentaux comme l'énergie et l'environnement soient portés et défendus avec force au nom de l’Europe. Ces objectifs doivent être clarifiés et grâce à un président de l’UE au rôle renforcé et un ministre des affaires étrangères de l'UE, ils pourront bénéficier d’un meilleur écho dans le monde.
julyyy : Quels ont été vos arguments, en ce qui concerne votre choix du non, pour La constitution européenne? Et réaffirmez-vous les choix que vous avez faits au moment du référendum ?
Ce ne sont pas les enjeux de l'élection. C'est le moment de trouver des vraies solutions pour la reprise du processus européen. Les Français ont voté Non et ne se sont pas trompés comme le Président Chirac a pu l’insinuer. C'était la manifestation d'abord d'une inquiétude des Français sur ce que l'Europe tendait à devenir par cette Constitution. La difficulté du projet européen est contemporaine à une entrée de plusieurs pays dans l'UE, à des difficultés économiques des pays fondateurs et les doutes sont logiques. L'Europe vit un moment difficile et s'interroge sur la démarche à suivre. Les Français l'ont manifesté et le Non a obligé à l'UE à se remettre en question.
sami : Bonjour, que pensez-vous de la question de l'insertion de la Turquie dans l'Union Européenne ?? Et cet avis est-il différent de celui de Ségolène Royal ?
Sur la Turquie, des négociations sont établies depuis longtemps. Mais ce qui est sur c'est que croire que la Turquie va baisser les bras pour rentrer dans l'UE est absurde. Il faut répondre à la volonté turque par la capacité de l'UE à accepter de se développer par cercles concentriques. La Turquie n'appartiendra pas forcément au premier cercle qui est celui de la Zone Euro pour le moment. Madame Royal n’est pas défavorable à une entrée turque dans le futur, elle n’a pas fermé la porte mais elle n'a pas fait de l'entrée de la Turquie une position centrale de son projet et elle a raison car la question reste en suspens pour le moment. On ne peut pas régler cette question dans l’immédiat et de manière isolée. Il faut d’abord répondre à la question : A quoi va ressembler l'Europe de demain ? Il faut réfléchir sur les questions de l'adhésion d'autres pays. Il faut aussi poser la question du pourtour méditerranéen. Quels partenariats ?
Jacques Chirac n'a pas été capable d'exprimer une voix claire de la France dans l'UE sur ces questions précises. Mais la France était déjà depuis un moment préoccupée par ces problèmes actuels d’élargissement.
David Ayoun : Pensez-vous que l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie est une bonne chose pour l'avenir et l'économie de l'Europe ?
A partir du moment où les dix précédents pays étaient rentrés dans l’Union, l'entrée de ces deux états était logique. Ils ont désormais vocation à faire fonctionner l'Union Européenne notamment après avoir intégré le critère démocratique, la lutte contre la corruption… Et puis les intégrer revenait à ramener l'Union Eurpéenne vers son prolongement méridionale, le sud de l’Europe. On peut penser que la Croatie peut devenir rapidement le 28ème état de l'Union Européenne alors que d'autres ne sont pas encore prêts. Pour autant, les pays des Balkans pourraient tout à fait dans le futur intégrer l'UE à condition de respecter les normes. Mais le rythme d'intégration doit être réfléchi, respectable et raisonné.
h21 : François Bayrou apparaît comme être le plus européiste de tous les candidats. Êtes-vous d'accord avec ce constat ?
J'ai assisté à une de ses conférences de presse où il dressait un diagnostic assez bon du Non français mais où il ne mentionnait pas la question sociale. Il s’est contenté de cataloguer en six points une relance du processus européen
d'une manière bien trop irraisonnée et désordonnée. Monsieur François Bayrou reste quand même quelqu'un qui a été associé à la politique des gouvernements de Droite et il veut revenir à l’arrivée, à un traité simplifié comme Monsieur Sarkozy et sans l’accord des Français. Le PS ne transigera pas avec lui car il reste un candidat de droite avec un électorat de droite et je pense que son positionnement actuel du « ni-oui, ni-non » est dangereux car il insinue le doute dans l’esprit des Français sans proposer du neuf.
AsSouLine : Vous êtes une fidèle de Fabius mais qu'en est-il de son avenir politique. Une réconciliation avec une Ségolène Royal élue présidente est-elle plausible ?
Madame Royal mène sa campagne avec force et détermination. Mais surtout comme elle l’entend. Elle a mon soutien car elle a su rassembler une équipe suffisamment expérimentée et compétente pour parvenir à ses fins. C'est son atout. Elle a la ténacité nécessaire et ces camarades adversaires ont pu en faire l'expérience. Au moment de l’investiture, elle avait annoncé ses choix et même si chacun à gauche aurait pu mener sa campagne avec son style propre comme Laurent Fabius, elle a été élue et c’est tout ce qui importe. Pour ce qui est de son accession au pouvoir présidentiel, ne nous fions pas aux sondages qui nous promettent tout et rien à la fois. Nous ne sommes encore qu’en campagne. Laurent Fabius y contribue à sa manière et avait accueilli avec chaleur Madame Royal à Rouen. Il fait preuve d’une pleine implication dans cette campagne.
Felix : Que vous inspire la toute fraîche déclaration de Ségolène Royal : « Le temps des femmes est venu ? »
Je ne peux pas dire le contraire c'est sur ! Je suis complètement d’accord avec ça ! Selon moi, dans l'état où est la France, l'élection d'une femme comme Ségolène Royal redonnerait de la pêche à la France. C’est une manière de voir bien sur et peut-être un raisonnement un peu trop psychanalytique mais selon moi cela redonnerait de l'envie et de l’espoir aux Français.
frau_metzen : Comment jugez-vous la campagne menée par le Parti Socialiste ? La trouvez-vous plus intéressante que celle de 2002 ?
Je trouve que la qualité de sa campagne c'est qu'elle est très réactive. C'est à dire à l'inverse de 2002 où on avait peut être pensé que le premier tour était joué d'avance. Cette année, la campagne est très bien incarnée par la candidate mais l'équipe de campagne est également particulièrement efficace. Le 21 avril 2002 reste évidement un cauchemar pour nous tous au PS mais la personnalité et le discours de la candidate socialiste permet de redonner de la volonté aux Français.
ségosarko : Que pensez-vous de l'échappée de Sarkozy à 29% dans les sondages ??
Remi : Les sondages ne sont pas très favorables à votre candidate. A part de dire que les sondages sont les sondages, quelle est votre réflexion ?
Il reste 17 jours de campagne quand même et les sondages restent encore une fois les sondages. L'essentiel c'est de faire campagne sereinement. Ce qui m’étonne le plus avec Nicolas Sarkozy, c’est que son bilan aussi bien au ministère de l’Intérieur qu’à celui des Finances est mauvais mais on a l'impression qu'il n'est pas un sortant des derniers gouvernements et qu’il fait comme si tout ce qu’il a fait était formidable. Mais c’est faux, les chiffres ne sont pas bons
mais on n’entend pas parler, je trouve cela incroyable. Sans parler de sa tendance à la surenchère, sa stratégie est celle d'un dangereux pompier pyromane. Je serai étonné que les Français fassent confiance à cet homme.
Xerses : Jouez-vous un rôle actif dans la campagne de Ségolène Royal ou êtes vous relégué « sur le banc de touche comme les éléphants » et Monsieur Rocard dont on se passe bizarrement de l'avis éclairé..? ;)
Je suis là ce soir pour faire mon travail et donc soutenir en toute logique Ségolène Royal même si, c’est vrai, les parlementaires européens ne sont pas au coeur du dispositif de campagne présidentielle. Cependant, je suis satisfaite d'exprimer mon avis sur l'Europe qui sera un enjeu majeur de l'entre-deux tours et je suis convaincu Ségolène Royal saura être forte sur cet enjeu. Mais ne disons pas non plus que Ségolène Royal se désintéresse de l’Europe et des parlementaires qui représentent le PS français. Madame Royal a quand même participé très récemment à une présentation des propositions du Parti Socialiste Européen avec Jacques Delors notamment.
Jules : êtes vous contre toutes les propositions du programme de Nicolas Sarkozy ou vous avez quand même des points d’accord, si oui lesquels ? Même question pour François Bayrou…
Encore une fois, Je suis en campagne ! Je soutiens donc logiquement pleinement la candidate. Je regarde les autres programmes d'une manière critique. Le choix que doivent faire les Français est finalement très stratégique car les propositions sont très différentes entre la Droite et la Gauche. Il n’y a que peu de ressemblances entre les programmes des candidats. Je pense que ceux de Sarkozy et Bayrou ne sont pas selon moi les bons. Une élection de Monsieur Sarkozy serait par exemple dangereuse alors que nous avons besoin de plus de cohésion et non de plus d’antagonisme.
Daryl : Pensez-vous, comme beaucoup, que Nicolas Sarkozy est anti-républicain ?
En tout cas, son plaidoyer pour le communautarisme c'est la destruction du modèle d'intégration républicain. Ce qu'il a fait et dit dans les banlieues, sur la laïcité, sur le modèle américain… m'incite à dire qu'il n'est vraiment pas un républicain. C'est un danger.
Dersou : Vous auriez une idée d’un futur gouvernement (juste quelques membres) si Madame Royal est élue ?
Ce n'est pas le moment d'y penser. Il faut d'abord gagner l'élection! Ne recommençons pas les erreurs du passé ! L’enjeu maintenant c'est le 22 avril !
Felix : êtes-vous pour une sorte de fusion de Bruxelles et Strasbourg, afin de réaliser des économies et les placer ailleurs ?
Je crois qu'aujourd'hui Strasbourg incarne bien le modèle européen ne serait-ce que par l'architecture de ses bâtiments. Le symbole du parlement européen c'est bien Strasbourg ! Faire fonctionner 9 groupes politiques provenant de 27 pays différents c'est un défi que le Parlement européen relève tous les jours à Strasbourg qui est la ville référence pour moi de l'Union Européenne.
Merci beaucoup Pervenche Berès, le mot de la fin ?
Merci à toutes et à tous. Je l'ai dit un peu plus tôt. Pas de questions sur la BCE. La politique monétaire n'a pas été abordée. La France devra redevenir un acteur européen privilégié et en état de marche grâce à Ségolène Royal. Elle doit rebondir autour de la question sociale, énergétique, environnementale. Ces questions sont intimement liées à la logique de travail des Européens. Il faut les aborder pour remobiliser les Français autour du projet pour éviter un divorce plus profond. Il faut réorienter les budgets européens vers les vrais enjeux. Il faut une vraie politique fiscale autour de ces questions. Ségolène Royal incarne la clé de ces problèmes. C'est l'axe que l'on doit suivre pour revenir vers l'Europe.