Chat du Mercredi 9 mai à 12h 00 - Chat vidéo
Bruno Jeanbart
"Sarkozy l'a emporté car il a été clair et concret"
Nicolas Sarkozy est notre nouveau Président! Les évènements décisifs de la campagne, les législatives, le futur gouvernement...Bruno Jeanbart, Directeur des études politiques d'OpinionWay, nous livre toute son analyse statistique des résultats de l'élection présidentielle et des évènements politiques à venir.
Bonjour à toutes et à tous, nous avons le plaisir d'accueillir Bruno Jeanbart, le Directeur des études politiques de l'institut de sondages OpinionWay
Bonjour à tous.
look : Quels ont été les évènements marquants et décisifs de cette campagne pour expliquer la victoire de Nicolas Sarkozy ?
Deux moments décisifs : le 14 janvier, l'investiture de Nicolas Sarkozy à Porte de Versailles et le 11 février, date du discours de Ségolène Royal et de l’annonce de son programme suite aux débats participatifs. Nicolas Sarkozy a profité de cette période pour faire le trou dans les sondages. Durant ces quelques semaines, elle n'a pas su capitaliser sur le bilan gouvernemental de Nicolas Sarkozy et s’attaquer à son programme tandis que lui continuait à marquer des points. C’est là que c’est joué l’élection et que l’écart s’est fait. Elle a effectivement aussi fait des bourdes, ce qui a été retenu comme important alors que ce n'étaient finalement que des choses anecdotiques. Ce qui est plus problématique c’est qu’elle a eu du mal à utiliser la notion de démocratie participative et à la rendre intelligible pour tous. En fait, Ségolène Royal a quelque peu manqué sa campagne parce qu’elle a mal préparé sa candidature.
Hervé : Pourriez-vous me dire par tranches d'âge et par catégories socioprofessionnelles pour qui ont-ils voté Sarkozy ou Royal ?
On a une vison assez précise de cette répartition avec des clivages nets. Les plus jeunes (les 18-24 ans) ont plutôt voté pour Ségolène Royal au 2nd tour alors que Nicolas Sarkozy avait fait un score très raisonnable au premier tour. Il se maintient d’ailleurs plutôt bien au second. Jacques Chirac avait déjà gagné chez les plus jeunes en 1995. Les plus âgés ont voté largement, à +de 60%, pour Nicolas Sarkozy. Dans les âges intermédiaires, c'est plus mitigé. Chez les trentenaires, on est plus pour Sarkozy. Chez les quarantenaires c'est plus équilibré même si Sarkozy reste en tête. Les professions libérales : très large avantage pour Sarkozy qui réussit également un bon score dans les catégories populaires où Ségolène Royal mène toujours. Le vrai clivage c'est finalement entre les professions liées au public pro Royal et celles liées au privé pro Sarkozy.
Seb : Dans le vote Ségolène Royal du second tour, pouvez-vous quantifier le vote « Anti Sarko » dans les 16 millions de votes obtenus ?
On ne peut pas le mesurer vraiment comme ça. Disons que les électeurs de Ségolène Royal ont voté à 40% par adhésion alors que la majorité a voté "contre Sarkozy". La différence s’est faite avec Nicolas Sarkozy qui a réussi à motiver un véritable vote d'adhésion. Il a réussi à engranger des électeurs ayant l'envie de changement, de sa « rupture ». Un changement qui a plus séduit que le changement prôné par Ségolène Royal. Il y a eu plus de votes blancs au second tour qu'au premier. Une tendance lourde qui signifie qu'il y a eu tout de même une participation forte mais avec des électeurs de François Bayrou et Jean-Marie Le Pen (appel à l’abstention) qui ne se sont pas décidés en masse pour l'un ou l'autre des deux candidats. Pas de basculement décisif donc.
sébastien : Vous trouvez ça normal le Sarko qui va se prélasser à Malte alors qu'il vient juste de se faire élire? Ça va lui coûter cher directement dans les sondages ? Quelle est sa cote de popularité ?
David Ayoun : Que pensez vous des Socialistes qui disent que Nicolas Sarkozy est arrogant suite aux congés qu'il a pris à Malte?
Mary : Et les petites vacances de luxe de Sarkozy vous en pensez quoi ??
Deux choses : il n'est pas encore président donc pas de baromètre de popularité avant le 16 mai, date de son investiture présidentielle. Pour son « congé maltais », Nicolas Sarkozy avait annoncé sa volonté de prendre des vacances depuis un moment. Enfin, je pense que la majorité des gens ont bien conscience que le Président de la République ou du moins nos gouvernants ne vivent pas comme eux. Mais cela les intéresse forcément et il y a aujourd’hui un basculement évident de la politique française dans la "peopleisation" de ses acteurs. Ils font en quelque sorte désormais partie du « Show Biz ». Avec Nicolas Sarkozy, il y a une sorte de fusion entre les deux illustrée par la soirée du dimanche 6 mai (passage au Fouquet’s). Nous verrons avec ses premières mesures s'il arrive à rester populaire dans la lignée et l’élan créés par son élection.
Jeb : Pensez-vous que le Mouvement Démocrate lancé ce jeudi par François Bayrou sera en posture de contrer l'UMP et le PS ? Quelles sont vos estimations en nombre de sièges ?
En nombre de sièges, c'est impossible à dire. Mais ce qui est sur, c'est que François Bayrou part avec un solide socle de voix acquis lors du premier tour de l’élection présidentielle. Je pense qu'ils feront un bon score aux Législatives. Il faut 12,5% des votes exprimés pour maintenir un député. On verra ce qu'il ressortira des désistements entre les deux grands partis lors des triangulaires et quadrangulaires, etc., ça peut jouer pour le Mouvement Démocrate de François Bayrou mais moins pour Le Front National qui va avoir du mal à se maintenir. La défi pour les candidats du Mouvement Démocrate consistera à se maintenir en première ou deuxième position lors des prochaines Législatives.
Mary : Et pour le choix du premier ministre, les sondages populaires penchent pour Borloo, mais Fillon a l'air d’être le favori, pour vous lequel va être l'heureux élu ?
alice : Qui les Français espèrent-ils que Sarkozy va choisir comme premier ministre ?
Sur les sondages réalisés, l'avantage est net pour Jean-Louis Borloo mais pour les électeurs de Nicolas Sarkozy, il serait au coude à coude avec François Fillon. Celui-ci a plus le profil selon moi car ce serait un profil de Premier Ministre plus technique et adapté à Sarkozy. Fillon a occupé des ministères importants comme l’Education Nationale et sait négocier ou du moins composer avec les partenaires sociaux. On verra s'il y arrivera car ce sont des rendez-vous délicats qui l'attendent notamment sur le sujet du service minimum. Les syndicats auront tout de même du mal à mettre les gens dans la rue après l'élection assez large de Nicolas Sarkozy.
pythi : Vous en pensez quoi de cette décision des députés UDF pro Sarkozy qui veulent créer leur propre parti de Centre Droit ?
Rien ;). Il ne faut pas en avoir une vision caricaturale car ils ont bénéficié d'alliances (ou de désistements) avec l'UMP lors des dernières législatives. Leur démarche est donc assez logique dans la perspective des prochaines. François Bayrou va avoir le défi de se démarquer de son côté en faisant élire 30 nouveaux députés du Mouvement Démocrate en plus des 20 anciens de l'UDF. Ainsi, au centre, chacun applique sa stratégie pour se maintenir en tant que député. Peut-être pour former un groupe centriste non négligeable en nombre de sièges. Mais, à mon avis, on s'oriente quand même vers une majorité de Droite à l'Assemblée.
daz : Qui sera le leader futur du PS. Qui se positionnent le mieux après les déclarations de dimanche 6 mai ?? On a vu que Fabius et DSK s'étaient déjà placés par rapport à une Ségolène Royal ambitieuse pour l’avenir.
Mary : Pensez-vous que Ségolène devrait représenter le Parti Socialiste aux élections législatives??
achille : Qu'est devenue la cote de popularité de Ségolène Royal au lendemain de l'élection ? Le lynchage de Strauss-Kahn et l'attitude un peu incompréhensible de Ségolène et ses militants (chants et danses alors même qu'on a perdu) l'ont-ils desservie ? Ou au contraire sa sérénité et sa combativité ont-ils plu aux Français ?
Elle a été désignée par les militants mais pas par les autres leaders. Elle n’a pas bénéficié en début de campagne du soutien le plus cordial des éléphants. La cote de popularité de Ségolène Royal va dépendre du positionnement futur du Parti Socialiste soit sur sa gauche avec Laurent Fabius ou vers le centre avec Dominique Strauss-Kahn suite aux approches de l'entre-deux tous. Pour moi, Ségolène Royal n'a pas le profil caractéristique du secrétaire national du PS
et a tout à perdre à vouloir s’affirmer en chef d’un parti encore mal au point. Il va falloir qu'elle soit très prudente car la période qui s'étale jusqu'à la prochaine élection présidentielle est très longue, 5ans. Quant à François Hollande, il risque de payer pour la défaite au présidentielle et devoir se retirer de son poste. Je ne pense pas que son ambition de devenir la nouvelle leader du PS soit la meilleure mais on verra qu'elle sera son choix et de toute façon, la direction du parti arbitrera et tranchera.
oliv : Monsieur Bianco et Monsieur Peillon ont émis de sérieuses réserves sur votre sondage ayant précédé le 2eme tour. Ce sondage était-il légitime ? Qu'en pensez-vous ?
Il s’agissait en effet d’un sondage sur les intentions de vote suite au débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Il ne faut pas commenter les résultats mais la petite remontée de Ségolène Royal dans les sondages suite à un écart à 55-45 a provoqué une petite panique au PS. Les résultats de dimanche ont validé un écart moins important mais cette saisie de la commission des sondages de la part du PS n'a pas abouti car nos échantillons et méthodes ont été considérés comme fiables et totalement transparentes. Les questions sur le débat n'étaient pas orientées, les réponses ont juste confirmées un avis général. A savoir, que Nicolas Sarkozy avait plus convaincu que Ségolène Royal lors du débat d’entre-deux tours. Il y a eu un léger décalage avec les différents verdicts des médias. Les porte-parole étaient donc furieux que leur candidate puisse être désavouée par un échantillon de l'opinion. Leur vision était par conséquent complètement en décalage avec les résultats de notre enquête même si cela fait partie du jeu de la campagne.
OpinionWay a été donc montré du doigt et insulté. On peut le comprendre mais nous n'avons fait que mettre en lumière l'opinion. On nous a accusé d'avoir montré qu'elle avait perdu le débat alors que ce n'est pas totalement le cas. Sarkozy l'a emporté tout simplement sur les questions techniques. Il a fait preuve de clarté et a su faire preuve de concret sur les sujets importants contrairement à Ségolène Royal trop générale quand il lui était demandé d’être précise. Elle a fait quand même preuve de sincérité lors de sa "colère" au sujet des handicapés et elle a su tenir le choc durant l’ensemble du débat, ce qui est une victoire en soi alors que tout le monde prédisait son écroulement.
bijou : Vous sentez que Sarkozy se dirige plus vers un gouvernement d'ouverture ? Est-ce son intérêt finalement ?
Anneso : Pensez-vous vraiment que des personnalités de Gauche seront nommées au gouvernement ? Besson, Kouchner, Bockel, etc ?
Il est clair qu'il y aura un certain nombre de députés non UMP. Il y aura un rajeunissement des ministres au gouvernement avec une parité hommes/femmes annoncée et enfin respectée, une première ! Après qui exactement ? On ne peut évidemment pas se prononcer notamment sur des personnalités comme Eric Besson qui ne vive pas que pour la politique. On peut imaginer plusieurs scénarios. Ce qui est sur que cette génération de politiques qu arrivent aux affaires ne ressemble plus à la précédente et est capable d’entente. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy se sont salués et respectés aux termes de l'élection, ce qui est nouveau, notamment de la part de celui qui perd. Cela relève un peu d’une tradition à l'Américaine. On verra si cela confirme dans l’avenir par une tendance à la lutte contre les clivages.
Merci Bruno Jeanbart. Le mot de la fin ?
Cette élection s'est jouée selon moi un peu plus tôt que les précédentes, en février. C’est une nouveauté. Quelle sera le nouveau visage du gouvernement ? Quelles tendances pour les Législatives ? On se retrouve "après les ponts" ;) pour en discuter. Normalement vers la fin du mois de mai… Merci à tous ! A bientôt !